30 juin 2022

Taillecolline (1)

 
 
Un récit amateur random sur DF, écrit il y a plusieurs années (2017) pendant de longs cours de biologie moléculaire. Le support papier partant en lambeaux, je le stocke ici pour la postérité personnelle. Contient : des nains, du combat, du drame, un soupçon de deus-ex-machina. Pour la bonne compréhension de certains éléments, je vous rappelle que nos nains ont une espérance de vie d'environ 150 années.

I. Prévoyance et préparations

   Reg suit le chemin jusqu'aux portes, à travers plantations d'herbes et pâtures pour le bétail. De nombreux nains s'activent pour recevoir les invités du lendemain, une délégation diplomatique elfe. Les grandes dalles de calcaire qui servent aux marchands étrangers pour présenter leurs biens sont nettoyées, et le chef maçon, Dagtur Vent-léger, galope d'un côté à un autre pour surveiller les gravures réalisées par ses jeunes apprentis. Des tapisseries teintées de bleu ornent certains piliers, dépeignant des marteaux, des piques, des gemmes ou des nains. La tête d'ours en pierre surplombant les portes est elle aussi polie et débarrassée de ses grosses plaques de lichen envahissantes.
 
    La naine passe sans s'arrêter et rentre dans la forteresse. Elle va immédiatement voir Borkog pour lui annoncer la réussite de sa mission. À son habitude, celui-ci s'occupe des recrues dans les baraquements. Au fond, des adolescents s'entraînent au maniement de la hache. Reg franchit une porte décorée en métal, pour accéder à la petite bibliothèque de Taillecolline. Borkog Salve, ancien combattant du corps d'armée principal en poste à la capitale, s'était découvert une passion pour les livres et les ouvrages lorsqu'il a été réformé instructeur. "Ce n'est pas une partie de plaisir de lire tous ces mémoires." dit-il souvent à ses étudiants paresseux. "Une armée n'est rien sans stratégie ni tactique. Un bon leader est un nain instruit." 
Quand Reg rentre dans la salle, le vieux soldat est penché sur une carte des environs, ses moustaches blondes ternies touchant presque les sourcils broussailleux de son jeune élève assis à côté. Borkog relève la tête, et aperçoit la masse naine volée, un peu rouillée, mais dépourvue de toute tâche de sang. 
- "Tu l'as retrouvé ?" 
La naine ouvre sa sacoche et sort le collier du bout des doigts. La chaîne étincelle sous la lumière des torches. Après quelques secondes de contemplation, l'instructeur hoche légèrement la tête, et Reg replace le bijou dans son étui improvisé. 
- "C'est bien." ajoute t-il. 
Il y a un blanc. Certes, la naine ne s'attendait pas à une effusion de joie, mais pas non plus à une telle réponse. Borkog semble deviner ses pensées. 
- "Hé bien ? Réussir cette escarmouche ne te donne pas le droit de manquer à tes corvées, feignante ! Tu as les capacités d'un gobelin tétraplégique ! Aller, on bouge !" 
Habituée au caractère de son professeur, le nain le plus grincheux du monde, Reg s'exécute et sort de la bibliothèque au petit trot, en laissant la sacoche sur le table. Tout d'abord un peu troublée, elle esquisse finalement un sourire. Même si il ne l'avait pas dit, cette réussite signifiait tout de même qu'elle était plus libre qu'avant. Et puis, ce n'était pas le seul nain ici à qui elle devait annoncer la nouvelle. 
Elle retourne dans les allées principales, et se dirige vers les quartiers des habitants de Taillecolline. Dans les couloirs qui mènent aux chambres, tout est très calme en milieu de journée. Reg frappe à une porte bien précise. Un grognement faible répond. La naine pousse le battant, et rentre dans la chambre de son ami Danrist. Celui-ci est installé à sa table en pierre, piles de papiers et de livres à portée de main. 
- "Toi aussi tu es studieux aujourd'hui." dit Reg en souriant. "Je reviens de la bibliothèque." 
Elle prend un instant pour lever les yeux. Les murs sont couverts de scènes gravées dans la roche, représentant des nains en armures et des combats. Elle s'était toujours dit qu'une telle décoration dans sa propre chambre lui donnerait des cauchemars. 
- "Regarde Reg. C'est ce dont je te parlais la dernière fois." 
Elle se penche sur les esquisses. La plus grande feuille représente un visage humain couvert de tatouages, des symboles et des formes étranges. 
- "J'en ai des dizaines comme celui-ci. En fait, aucun d'entre eux ne se ressemble. Chaque dessin est unique et correspond au démon occis par le guerrier." 
- "Dan." dit-elle en s'appuyant sur un rebord de la table. "Tu n'as pas besoin de rejoindre je ne sais quel ordre ésotérique pour prouver ta valeur. Tu sais bien que Borkog t'a toujours entraîné sans distinction avec le reste d'entre nous." 
Le nain fait la moue.
- "C'est vrai. Mais tu sais aussi bien que moi que pour être en faction au Pilier, il faut passer un entretien avec les instructeurs royaux. Ils ne m'engageront jamais, quels que soient mes faits d'armes. Je suis certain que depuis toutes ces années, les colporteurs ont du façonner une sorte de mythe autour de mon existence."
- "Cela ne t'a pas empêché de tous nous défaire il y a deux jours sur le terrain d'entraînement ! Tu es le préféré du vieux blond pour ça." 
- "Et je le referai avec joie !" s'exclame t-il en tapant du poing sur la table. "Assez parlé de moi. Alors, cette épreuve ?" 
- "Réussie, bien sûr. J'ai retrouvé le collier parmi les kobolds. Il n'y a pas eu de carnage." 
- "Ne le dit pas à l'émissaire du Pilier. S'il le pouvait, il exterminerait toutes ces créatures pour s'en faire des manteaux." 
- "Enfin bref, je suppose que je pourrai me permettre de prendre part aux patrouilles d'éclaireurs à partir de maintenant." 
Danrist esquisse un sourire narquois. 
- "Pour ça," dit-il, "il faudrait que tu manie correctement l'arbalète." 
- "Je n'ai pas le temps de m'entraîner. Si Borkog apprend que je te tire à l'arc, il va me battre à mort avec un volume de tactique militaire." 
- "Soit. De toute manière, seul ton succès importe. Compte sur Marduk pour nous mitonner un festin ce soir. Allons l'annoncer aux autres !" 
 
    Reg et Danrist passèrent le reste de la journée à vagabonder. Ils évitèrent avec soin leur instructeur, qui les aurait renvoyés aux études s'il les avait aperçus aussi oisifs. Le soir, la plupart des nains se réunissent au Hall de Bronze après une dure journée de travail, pour manger, boire des pintes et discuter des nouvelles. L'atmosphère est chargée d'odeurs de nourriture et d'alcool. 
- "Si nous convions les elfes qui arrivent demain à une telle soirée, ils risquent fort de ne pas en sortir intacts !" dit Danrist en riant. 
- "Ces oreilles pointues sont des rabats-joie de première." ajoute son père Gemedon, qui a déjà vidé plusieurs tasses de liqueur de fraise. "Ils boivent du suc de fleur, exigent du cristal pour poser leur derrière. Je suis sûr qu'ils font des trucs bizarres avec leurs chevaux encornés. Sales bêtes, pour sûr !" 
Vardonce Joncblanc, qui est assis à côté de lui, fixe un point lointain de la salle, le nez et les oreilles rougies par la bière. Il lève une pinte et la fait tournoyer en l'air, envoyant des lampées d'alcool sur les champignons frits de Gemedon. 
- "DES LICORNES QUE ÇA S'APPELLE. LIIII-..." 
Il s'interrompt brusquement, et se remet à fixer passivement son assiette vide. 
- "Il décuvera d'ici ce soir." assure Danrist. Reg reprend une part de lapin en sauce. 
- "J'ai entendu dire que les elfes venaient pour renégocier notre alliance. Il y a eu du mouvement au Nord. Des gobelins ont été aperçus." 
- "Il fallait bien que ça arrive un jour ou l'autre." soupire Gemedon. "Vingt-deux ans qu'on les a repoussés. Ils reviennent toujours, ces corniauds. Ils rêvent de voir nos têtes sur des piques, et ils n'y arrivent jamais." 
- "Qu'ils reviennent alors !" s'écrit Danrist en brandissant sa fourchette en bois. "On les découpera, et de ferais des pots de fleurs de leurs crânes !" 
- "Peut-être que le sang gobelin te fera pousser des poils sur la mâchoire !" jette Gimlek, un apprenti de Borkog. 
- "Bon sang, toi ! Je vais t'apprendre le respect, maudit gremlin !" 
Danrist tente de le harponner de sa fourchette, et le rate de peu. Les discussions vont bon train. À côté de Reg, son amie Linen semble pensive. Elle ne remarque pas qu'elle est observée par sa voisine, le regard fixé sur un nain situé quelques tablées plus loin. 
- "Va lui parler, au lieu de le regarder bêtement et de l'éviter toute la journée." lance Reg. 
La phrase sort Linen de sa torpeur. Elle rougit et repousse une mèche dorée qui lui tombe sur le visage. 
- "Facile à dire." dit-elle à voix basse. "Et si je ne sais pas lui dire, que j'ai l'air ridicule ?" 
- "Je suis sûre qu'il te trouvera intéressante. Et puis, tu ne peux pas passer tes semaines à te morfondre et à imaginer ce que cela pourrait être." 
- "Tu l'a bien regardé, Reg ? Il pourrait piocher et avoir n'importe quelle dame du Pilier à ses côtés s'il le voulait." 
Reg ne dit rien. C'était vrai. Edëm Garli, commandant des forces armées de Taillecolline, était rentré précocement dans ses fonctions grâce à ses prouesses contre les menaces des environs. Son visage bien fait et ses traits affutés étaient sublimés par ses cheveux mi-longs attachés en une courte queue, et surtout par une barbe fournie et ténébreuse. Et pourtant, à quarante trois ans, il n'était pas accompagné. 
- "De toute manière," reprend Reg après un court silence, "s'il ne craque pas pour toi il ne le fera pour personne. Tu es la plus jolie naine que j'ai jamais vu, et su sais bien qu'il est passé beaucoup de hautes dames du Pilier. Y compris des soi-disant beautés pâles des Chambres Rouges." 
- "Tu le pense vraiment ?" 
- "Évidemment que je le pense. Je te l'ai toujours dit." 
Linen sourit timidement, les joues roses. 
- "Alors, quelqu'un craque encore pour notre charmant commandant ?" lance Danrist à haute voix. 
- "Shhh, pas si fort !" siffle la naine blonde sur un tout autre ton. 
- "Je vais aller lui parler de toi." ajoute-t-il. 
- "Si tu fais ça, je t'étouffe avec les cailles farcies de Marduk." 
- "La promesse d'une mort magnifique." ajoute le jeune guerrier en riant.
 
    Après une douce nuit de sommeil et un bain dans la rivière voisine, Reg participe aux derniers préparatifs pour recevoir la délégation invitée. Toutes les allées sont nettoyées, des tentes et des meubles sont installés à l'extérieur pour permettre aux elfes de passer le moins de temps possible dans les souterrains. Toute la forteresse est aérée du mieux possible et l'intégralité des torches sont changées, afin d'atténuer la fumée ambiante présente dans les couloirs. 
À midi, l'entrée est totalement transformée. Les emblèmes Mâche-Ours sont présents un peu partout, ainsi que ceux de Vendilin : le principal étant un chêne dorée sur un vert forestier. Peu après le repas, les premiers nains reportent l'arrivée d'une caravane en contrebas. Le maire Pommelier arrive en clopinant sur le parvis de la forteresse, nouant son manteau en cuir brodé avec une ceinture décorée d'un ours en cuivre. Il remonte son gros ventre en dodelinant, et arrange la toison frisée qui lui sert de cheveux. Pour les grandes occasions, sa barbes est toujours arrangés en deux tresses épaisses. Les membres les plus importants des quatre-vingt-seize âmes de Taillecolline sont présents. Le maire, son épouse, le commandant Garli et l'instructeur Borgok. Le corps artisanal est représenté par plusieurs figures comme Dagtur. Reg se place sur le côté, dans la masse de nains qui ont pu suspendre leur travail le temps d'accueillir les invités. 
Au bout d'une quinzaine de minutes, une corne torsadée sort de l'arrière d'un châtaignier. Le conseiller martial elfe apparaît, monté sur une licorne immaculée. À sa suite, également montés, mais à cheval, un couple richement habillé. L'individu masculin porte une armure de grande qualité - en bois, certes, mais d'excellente facture. Une trentaine de suivants marchent à pied, et des mules portent des paquetages colorés sur leur dos. La licorne s'arrête devant le maire nain, et son cavalier pose pied à terre. Sa robe pourpre effleure l'herbe. Il prononce quelques mots de salutations, inaudibles pour la foule de naines, et échange une franche poignée de mains jointes avec le maire en souriant. Les deux elfes suivants descendent de cheval, et se présentent également. Danrist, jamais très loin de Reg, se penche vers elle et parle à voix basse. 
- "J'en ai parlé avec mon père. Le premier elfe, c'est le conseiller martial du roi Vendilin. Il a toujours encouragé des relations amicales entre nos deux peuples. La dernière fois qu'il est venu, c'était il y a vingt ans environ, pour célébrer nos victoires sur les gobelins." 
Le maire salue les nobles elfes, puis tous partent vers les tablées aménagées à l'extérieur. 
- "Les deux derrière, ce sont Italgin Silfikast et sa fiancée." reprend Danrist. "Italgin commande les forces Vendilin septentrionales. Lui et ses hommes seront les premiers à voir des gobelins s'il y en a." 
La plupart des nains observent le groupe s'en aller. Certains se dispersent et partent pour reprendre leur travail, et plusieurs aident les elfes à déballer leurs marchandises. Reg n'avait pas l'intention de rester là à ne rien faire de sa journée. 
- "Il faut que j'obtienne cette permission pour aller en patrouille." dit-elle à son ami. 
Danrist frotte son menton imberbe d'un air penseur. 
- "Il faut que tu la demande auprès du commandant." lâche t-il. 
- "Et comment suis-je sensée lui expliquer que contrairement à tous les autres, je n'utilise pas d'arbalète ? Personne à part toi et Linen ne m'a jamais vu m'entraîner à l'arc." 
- "C'est ton problème, Reg, trouve quelque chose. Je vais aller aider mon père à la pêche." 
Danrist quitte la place.  
 
Note de l'auteur : quelques pages sont manquantes, et racontent comment Reg convainc le commandant Garli de lui laisser l'occasion de faire preuve de son adresse à l'arc, ainsi que la soirée où elle surprend Danrist épier la fiancée d'Italgin et ses servantes nues dans la rivière, sous prétexte d'écouter leur discussion sur la situation actuelle entre les nains et les elfes. Pffff, qui est-ce que ça pourrait intéresser de toute manière ? 
 
    Zigzaguant au milieu de la forêt, les deux nains reviennent à Taillecolline. Reg rejoint sa chambre, mais a beaucoup de difficultés à trouver le sommeil. Allongée, elle fixe la tapisserie bleue qui décore la petite pièce. Demain, les elfes concluent leur visite diplomatique. Après avoir scellé leurs décisions avec le maire, ils repartiront au Nord. Reg est davantage angoissée par le test qu'allait lui soumettre le commandant. À peine quelques jours après les kobolds, voilà qu'elle joue sa crédibilité auprès de ses supérieurs miliaires.
Elle dort quelques heures, et se réveille avec cette sensation caractéristique qui l'envahit quand quelque chose d'important va se passer. 
- "Il n'y a aucun raison que je m'inquiète." se dit-elle. "Je m'entraîne presque quotidiennement depuis plus de dix ans. J'ai au moins le niveau d'un apprenti." 
Elle se lève et prend ses flèches d'arc. Si elle pouvais facilement les cacher dans sa chambre ou son sous gilet, il en était autre chose pour l'arc en lui-même. Elle sort des quartiers silencieux. 
La forteresse est presque déserte, en dehors des gardes qui effectuent leurs rondes habituelles. Reg leur fait signe et sort à l'extérieur. Il fait toujours nuit, mais on devine dans le ciel la légère lueur diffuse du soleil tapi sous l'horizon. La naine se faufile entre les pâtures où le bétail somnole encore. Au Sud de l'entrée de Taillecolline, dans un cul-de-sac végétal, elle retrouve sa cache. L'endroit est complétement camouflé en été grâce à une épaisse végétation. L'hiver, Reg s'entraîne plus loin. Elle fouille dans des branchages, et en ressort son arc et des plumes attachées en un petit fagot soyeux. En attendant que la lumière du jour pointe, elle reprend l'empennage de ses flèches, entamé un autre jour. 
Quand Reg constate qu'il y a assez de lumière pour voir la vieille cible en bois à plusieurs dizaines de mètres, elle se lève, attrape son arc et commence son entraînement. Flèche après flèche, elle en augmente la difficulté. Après seulement une heure, la luminosité est encore moyenne et l'aube réchauffe l'air. 
- "J'ai au moins deux bonnes heures avant d'aller voir le commandant." 
Elle saisit une flèche de sa main gauche, et bande son vieil arc. Un son de métal strident retentit dans la forêt. Reg ne l'a jamais entendu de sa vie, mais comprend immédiatement l'urgence. Une cloche d'alarme, actionnée par une main fébrile. 
Le cœur tambourinant, elle saisit toutes ses flèches et fonce vers le haut de la colline. Arrivée, à bout de souffle, elle regarde en direction de l'entrée de Taillecolline, tapie derrière des fourrés. Avant même de discerner quoi que ce soit, au milieu de cris de nains terrorisés, des hurlements stridents lui font instantanément comprendre ce qui se passe. 
Des gobelins. 
Reg reste figée un instant, incapable de saisir la réalité de la situation. Au moins quarante peaux-vertes hystériques stationnent devant Taillecolline, piétinant pour pénétrer les portes de la forteresse. Au loin, l'un d'eux se démarque des autres, monté sur un bavard roux ; un monstre de plumes au nom trompeur, mesurant plus de deux mètres de haut, avec un bec et des serres taillés en poignards naturels. Il rugit férocement, excité par la barbarie ambiante. Alors que la masse verdâtre s'entrechoque là-bas, Reg se reprend du mieux qu'elle le peut. Vu l'heure, la plupart des nains étaient en train de se lever ou de commencer à travailler. Les gobelins ont choisi un moment adéquat pour surprendre le bastion nain, tout en évitant au maximum un retranchement rapide de sa population.
- "J'ai une arme."
Ces mots résonnent dans l'esprit embrouillé de Reg. Si elle se dirigeait vers Taillecolline, elle allait probablement mourir. Mais en passant par une entrée autre que les portes principales, elle pourrait essayer de couvrir la fuite des autres par le tunnel souterrain de secours.
Elle ne réfléchit pas un instant de plus. Reg passe sur l'arrière de la colline. Il n'y a presque pas de vent, et les seuls bruits audibles sont le chaos étouffé des gobelins de l'autre côté. Les conduits d'aération sont rares et extrêmement bien camouflés au sein de la forteresse, mais Reg connait l'emplacement de l'un d'entre eux. Elle file dans les taillis, quand deux bruits secs la font se jeter à terre. Deux carreaux d'arbalète l'ont manquée de quelques mètres et se fichent dans la végétation environnante. Elle se retourne, et aperçoit les deux auteurs des tirs. Il était évident que les gobelins allaient faire surveiller les alentours, mais Reg n'y avait pas pensé. Prestement, elle bande son arc et tire une première flèche. Le peau-verte le plus proche s'étrangle avec le projectile fiché entre ses clavicules. L'autre hurle de rage. Au lieu de recharger sa lourde arbalète en cuivre, il la jette et dégaine son épée courte. Reg se retourne et reprend sa course effrénée avec son assaillant aux trousses. Elle l'entend jurer dans sa langue nasillarde en faisant bruisser la végétation sur son passage. Là ; elle croit reconnaitre l'endroit, mais n'en est pas certaine. La naine fait volte-face et saisit sa dague. Le gobelin ne s'arrête même pas et charge dans un accès de fureur. Reg pare le coup d'épée, s'écarte et plante sa lame dans les côtes de la créature. Celle-ci gémit et trébuche. Il se retourne, recule, peine à se relever. 
- "Je ne le laisserai pas s'enfuir." pense Reg, l'esprit bouillonnant. "Il me tuerai s'il le pouvait." 
Elle s'avance rapidement. Le gobelin lève son épée, mais paniqué, il se laisse déborder. Un nouveau coup de dague le touche à l'épaule, puis sa gorge est tranchée net. 
- "Sans remords." murmure Reg, déjà en train de chercher la bouche d'aération. 
Des cris gobelins viennent de l'Ouest. Elle trouve le conduit, une ouverture évasée soutenue par des bardeaux de bois. Elle a à peine la place d'y passer. Son arc la gêne, mais elle ne peut pas s'en séparer. Reg descend du plus vite qu'elle peut dans la cheminée qui tombe à pic, ses coudes et les paumes de ses mains écorchés par la roche. Au bout de la descente, les couloirs du quartier des artisans. 
La naine s'arrête pour écouter les bruits ambiants. Aucun signe de gobelins proches, mais elle doit se dépêcher. Elle se laisse tomber sur le sol, se relève prestement, arc bandé. Personne. Des échos de saccage résonnent dans les corridors.. On dirait que les assaillants sont retenus quelque part. Peut-être que les habitants sont parvenus à s'enfuir. Reg coure dans la directement du tunnel d'évacuation. Au fur et à mesure qu'elle s'en approche, elle entend le bruit distinct d'un combat de mêlée. À proximité directe, elle bande à nouveau son arc et dépasse l'angle d'une intersection. 
Le combat n'est autre que celui du commandant Garli, aux prises avec trois gobelins. Ils sont mieux équipés que ceux que Reg a occis à la surface. Profitant de l'élément de surprise et dans un instant de grâce, celle-ci décoche une flèche qui transperce la colonne d'un des ennemis qui lui tournait un dos mal protégé. Il s'effondre. Le commandant a à peine le temps de réaliser ce qui vient de se passer - il accuse un coup de masse en plein dans sa cuirasse d'acier. L'armure claque dans un bruit métallique, et il recule, le souffle coupé. Une seconde flèche vole, mais rate sa cible. Reg passe à une autre tactique. 
- "GOBELIN !" crie t-elle vers eux. L'un des deux tourne la tête, et prend conscience que l'un de ses compagnons est étendu à terre derrière lui, une flèche fichée au milieu du dos. Il déporte un regard assassin vers Reg. Ses cheveux rouges hirsutes dépassent de la coque en cuivre qui lui couvre le crâne. Bien armé et sûr de lui, il se lance sur la naine. Celle-ci décoche un projectile, mais il ricoche comme une fétus de paille sur la cote de mailles du gobelin. Elle prend sa dague en main et se prépare au combat rapproché. Cette fois, toutes les chances sont contre elle. Le gobelin fait valser sa lourde masse cylindrique. Reg évite un, deux coups de justesse. Elle ne voit pas d'ouverture pour contre-attaquer. Elle recule, et son ennemi vise la tête. La masse s'écrase avec fracas et fend la roche du mur devant lequel elle était acculée. Reg en profite immédiatement et entaille le bas de son abdomen. Le gobelin glapit, mais l'empoigne par les cheveux et la soulève violemment. Il la projette contre le mur. Reg ne lâche pas sa dague, mais peine à réagir sous le choc. Le gobelin ressaisit sa masse, et un cri de charge retentit. Le commandant Garli se jette sur lui, et avec la vitesse de sa course, se fracasse sur sa cible en le retournant dos à Reg. Elle n'en demandait pas plus. Rassemblant ses forces, elle se lève rapidement et le poignarde dans la nuque alors qu'il levait le bras en direction du nain. Il lâche sa masse et tombe. Reg jette un œil dans le couloir. Le troisième gobelin gît, le visage découpé d'un coup de hache. 
- "Où sont les autres ?!" 
Le commandant se redresse, le souffle encore court, la tempe colorée d'un filet de sang essuyé dans la précipitation. 
- "Tous ceux qui ont pu être sauvés sont déjà dans le tunnel. Je couvrais leurs arrières et j'ai été surpris par ces idiots. La porte des halles est bloquée, mais il y a des gobelins qui sont passés au travers." 
Les chocs sur les portes et les battements frénétiques des pieds des gobelins sur le sol se font plus forts. Avant que Garli n'ouvre à nouveau la bouche, un énorme fracas résonne, suivi des cris de la harde. 
- "Ils sont à quelques corridors. Courons !" 
Les deux nains détalent. Alors qu'ils approchent des tunnels miniers, des pas lourds résonnent et un rugissement terrifiant retentit à l'arrière. À une cinquantaine de mètres, l'intersection de deux voies : l'une est la voie d'évacuation vers un tunnel aux herses fortifiées qui scellent le passage derrière elles. L'autre est le chemin vers les mines et les galeries sauvages qui plongent vers le monde souterrain. Reg et Garli courent à toute vitesse. Les pas monstrueux se rapprochent, et il y a un nouveau rugissement très clair. La naine jette un œil en arrière. Un bavard écarlate les poursuit, le corps jeté en avant. Il va au moins deux fois plus vite qu'eux, et les rattrape rapidement. Le commandant l'aperçoit aussi. Le géant fond sur eux. 
- "REG, JE VAIS ..." 
- "COUREZ !" hurle t-elle. 
Sur ces mots, elle pousse le guerrier en pleine course vers les escaliers d'évacuation. Ahuri, il perd l'équilibre et s'engouffre dans la descente. Reg vire immédiatement à droite. Le bec du bavard claque, et victime de sa vitesse, il heurte lourdement l'angle du couloir. Il se relève frénétiquement et émet un cri guttural. La naine coure aussi vite que ses jambes le lui permettent, son corps chargé d'adrénaline. Le bavard regagne du terrain. L'entrée des cavernes est toute proche - une entrée qui, à l'inverse du tunnel d'évacuation, peut être scellée depuis l'intérieur pour protéger la forteresse des menaces souterraines. Elle passe un nouveau virage qui ralentit la bête. Au fond de l'allée, entre les fresques gravées dans la roche et la lueur chancelante des torches, elle aperçoit le manche du levier qui actionne la chute du pan en bois lourd au travers de la voie. Reg ne pense plus et ne sens plus rien. Ses jambes bougent seules. Elle s'attend à tout instant à se faire déchiqueter par le bavard. Quinze mètres. Cinq mètres. Elle tend le bras, remonte le levier, se jette en avant. Un vacarme assourdissant retentit, elle heurte la pierre et roule dans tous les sens. Les yeux fermés, les muscles tétanisés et les tempes battant la mesure de son pouls effréné, la naine est figée au sol. Un lourd silence s'abat. 
On entend un dernier rugissement étouffé derrière le battant massif qui scelle le passage. Reg reste un moment à terre, tremblante. Dans le petit tunnel où les dalles sculptées laissent place à la roche nue des souterrains, elle s'assit dos au mur, et place sa tête entre ses deux mains endolories. Elle tourne brièvement le regard vers l'obscurité totale des cavernes. 
Survivre miraculeusement à des gobelins et à des bavards géants pour se retrouver coincer dans le monde souterrain, sans aucune sortie connue depuis Taillecolline. 
- "Au moins ai-je sauvé le commandant ." se dit Reg. "Le tunnel de sortie mène à des lieues d'ici. Mes camarades vont sécuriser le et échapper à la harde gobeline."
Elle, n'a plus qu'à choisir comment mourir. Rester ici et se déshydrater lentement, ou tenter une chance inexistante en partant dans les grottes. Elle sait que les tunnels partent dans différentes directions, plus ou moins explorées. Elle se relève, les jambes encore chancelantes. Il n'y a que deux torches accrochées au mur. Elle mouche l'une d'entre elle, et regarde l'épaisseur de l'enduit bitumineux qui lui permet de brûler. Une quantité moyenne - de quoi peut-être s'éclairer quarante-huit heures. Elle n'a pas vraiment le choix. Son flambeau dans une main, et l'autre éteint sous le bras, elle pénètre dans les cavernes d'un pas aussi pressé que ses jambes le lui permettent. 
 
 
II. Dévolu
 
    Les grottes sont silencieuses, en dehors de bruits de ruissellement et du son des gouttes d'eau tombant sur les rochers. Les tunnels ne sont pas très grands, et couverts par endroits de mousses et de champignons colorés. Tout ce que Reg voit se résume aux six mètres devant elle, et tout ce qu'elle entend, à ses pas et à l'eau qui coule. Au fur et à mesure de son avancée, des vieux panneaux en bois pourri indiquent les chemins selon l’intérêt que leur ont trouvé les nains. "Houille", "Gouffre", "Non cartographié", "Fer". La naine va vers les sous-sol inexplorés. Parfois, elle traverse des salles ou des intersections avec des ruisseaux en contrebas. Des petites chauves-souris fongivores volent sur son passage. Sa marche silencieuse et sans but dans cet environnement figé lui donne l'impression que le monde s'est arrêté, et qu'elle fait du surplace. Elle perd la notion du temps. Ne sachant pas trop à quoi penser, elle se remémore des scènes banales de sa vie quotidienne, comme lorsqu'elle allait à la pêche avec Danrist, ou ces longues heures à empenner des flèches. Elle tente de garder l'angoisse à l'écart. 
Elle marche, rapidement, ne s'arrêtant que pour étancher sa soif aux minuscules cascades d'eau de roche. Une fatigue lancinante l'envahit, mais elle ne prend pas de pause. Le temps lui semble une éternité. Il n'y a plus de panneaux en bois, que de de la roche vierge et muette. Son esprit se hasarde et s'égare. Reg commence à trébucher sur les aspérités des pierres. Sa torche a un éclat un peu amoindri, ou du moins elle croit en avoir l'impression. 
Au bout d'un moment, elle se prend trop souvent les pieds au sol et manque de tomber. La naine hésite à s'arrêter, mais n'a aucune idée du temps passé ni de la distance qu'elle a parcouru. Elle décide de continuer jusqu'à l'extinction de sa torche. 
Une autre éternité semble s'écouler. Chaque pas est une épreuve, et en plus des douleurs musculaires, l'estomac vide de Reg commence à se tordre. La lueur fléchissante de la torche n'aide pas à pallier à la fatigue. La naine commence à se demander pourquoi elle persiste, alors que ces souterrains font plusieurs fois la taille des continents sous lesquels ils serpentent. Lorsqu'elle passe au dessus d'un précipice ou d'un cours d'eau, elle pense à s'y jeter pour abréger cette errance. Mais elle ne peut s'y résoudre, et continue. 
Lorsque sa torche est presque éteinte, elle s'arrête net, et la fixe avec des yeux inexpressifs. Avant que le tissu braisé ne s'éteigne, elle y colle la seconde torche. Celle-ci s'embrase, et fait à Reg l'impression d'une exécution retardée. 
La naine ne parvient pas à repartir. Elle s'assied à terre, au milieu de nulle part. Ses jambes brûlent et sont parcourues de fourmillements douloureux.
- "Cela ne doit faire qu'une journée que je marche. Je n'ai pas le choix. Je dois continuer."
Elle se repose brièvement, jusqu'à ce que ses muscles la lancent et deviennent durs comme du marbre. Se relever lui fait un mal de chien. Elle reprend sa marche du plus rapidement qu'elle le peut, et longe les mêmes couloirs interminables. Parfois, elle doit passer à genoux, ou escalader une formation rocheuse. Une ou deux fois, elle tombe sur un cul de sac. La faim et la fatigue la tenaillent, mais à chaque fois qu'elle pense à s'arrêter, la vision de sa flamme vacillante l'angoisse. 
Le temps passe, et comme pour la première torche, la lumière décroît petit à petit. Reg n'en peut plus. Elle a un équilibre précaire et les forces lui manquent. Elle persiste, comme pour honorer son flambeau qui lui a octroyé sa vision pendant tout ce temps. 
Lorsque la flamme de celui-ci se meurt, la naine se laisse tomber, genoux à terre. Elle voit l'enduit de poix se ternir, tari. Elle approche sa main, comme pour saisir ces derniers instants de lueur. L'endroit où elle se trouve est comme celui où elle se trouvait à son point de départ. Humide, froid et quelconque. Même si elle savait qu'elle allait mourir depuis l'instant où elle s'est retrouvée bloquée derrière cette porte, voir son feu s'évanouir la remplit de terreur.
La braise s’éteint. L'obscurité est totale. 
Reg se recroqueville près d'une paroi rocheuse. Elle pense à ses amis, Danrist, Linen, Gemedon. À son vieil instructeur, et au commandant qui disparait dans l'escalier où elle l'a poussé. Même avec le peu de forces qu'il lui reste, elle n'est pas encore morte. Elle pose le flambeau éteint du côté où elle est arrivée, puis se pelotonne tant bien que mal sur le sol dur et mouillé. Elle somnole, parvient à dormir par intermittence. Combien de temps, impossible à dire. Lorsqu'elle reprend conscience dans un état second, elle oublie un instant ce qui s'est passé, et croit qu'elle s'est réveillée dans sa chambre après s'être assoupie au pied de son lit. C'est le contact avec une flaque d'eau qui lui rappelle brutalement la situation. 
L'oreille sur la pierre, quelque chose, en dehors de sa condition misérable, la perturbe. Il y a comme un tintement extrêmement lointain qui coure dans la croûte terrestre. Reg pense que son esprit lui joue des tours, et que ce n'est que le bruit d'une goutte d'eau rebondissant sur la roche. Mais cela lui donne un infime espoir, la rattache à la réalité.
- "Je suis stupide." pense t-elle. "C'est la fin." 
Elle se relève très lentement, ses muscles ankylosés. Après avoir bu quelques lampées d'eau, elle cherche son flambeau. Elle le saisit, et part péniblement dans la direction opposée. En tâtonnant, elle progresse, la torche éteinte comme un guide dans l'obscurité. Elle se laisse parfois porter par un mur, et écoute les bruits. Le tintement se fait plus fort à chaque fois, de façon quasi-imperceptible. Reg retombe sur des cul-de-sac. Elle revient chaque fois en arrière, et essaie d'autre passages. La force du son étrange qu'elle entend la guide et la pousse à continuer. Il commence finalement à être audible. La naine croit reconnaître des coups de pioche - que cela soit d'une créature amicale ou d'une monstruosité, peu lui importe. Cela mettra un terme à ses souffrances d'une façon ou d'une autre. 
Dans le noir, elle suit ces coups réguliers. Ils commencent à résonner autour d'elle. 
Finalement, elle croit voir les contours des roches environnantes. Son cœur bondit, comme si elle avait perdu la vue il y a dix ans. Reg suit la lumière. L'origine des coups de pioche est à proximité. Elle arrive à une alcôve, avec des affaires en tissu à terre, et surtout, un feu.

16 janv. 2016

Letmosatel: l'arrivée (1)

"C’était un homme-ratelle victime d’une malédiction. J’aurais trouvé cela cocasse s’il n’avait pas tué Ablel et Vakod."

Voilà la première partie d'un nouveau récit sur DF (n'ayant pas les sauvegardes du dernier). Je joue sur la nouvelle version v0.42.04. Il ne se passe pas grand chose d'excitant les premières saisons, mais avec des forteresses gobelines à 100 kilomètres je m'attends à ce que les prochaines années soient mouvementées. Si vous avez des commentaires sur le style narratif, n'hésitez pas. 

 

15 de Granite, an 1625

Mon nom est Morül Sazirfath, de la nation naine des Gebudib. On m’a demandé de tenir une trace écrite de l’histoire de notre future forteresse. La voici. 

Nous sommes à l’ouest de la maison-mère, par-delà une chaîne de montagnes quasi-infranchissable. A la demande des elfes de la région, nous avons été envoyés pour participer à la protection de leurs cités forestières contre les gobelins du sud-ouest. Leur population ne cesse d’augmenter et les elfes sont seuls face à la menace. 

Notre équipage se compose de sept nains. 

Ineth Delerokol et moi-même sommes garants de la sécurité des autres et de la formation des futures escouades du bastion. Ineth est issu des Voix d’Acier, une lignée forte et guerrière. J’ai foi en lui pour nous commander et m’entraîner.

Domas Soledesmul est un travailleur du bois fort et bourru. C’est un anarchiste, mais il fait son possible pour aider les autres. Notre mineur est Sarvesh Astelastesh. C’est un élément capital du groupe, et nous comptons sur lui pour creuser des couloirs et des salles solides pour nos débuts.

Dumed Inethhamkol est notre maçon et dirigeant attitré. Il est particulièrement fier de sa position, mais n’a pas encore discuté des modalités de formation et d’entraînement des escouades, ce qui m’inquiète.

Lorbam ézumalem et Imush Bomreknoram sont les deux naines du groupe. Lorbam est une artisane appliquée, et Imush s’occupera des plants de mycètes et de la brasserie.

Nous sommes au milieu d’une dense forêt de pins et de cèdres. Au moment où j’écris ces lignes, Sarvesh étudie le pied d’un grand promontoire avec Dumed. Ineth m’a proposé de commencer à s’entraîner dans un endroit dégagé. Voilà qui nous épargnera l’ennui. Et puis, on ne pourra jamais être assez prêts quand les premiers gobelins repèreront notre fort. 

Notre chienne éloigne les bêtes sauvages pour l’instant. Nous avons aussi un gros chat doré. Je l’aime bien.

 


 

14 de Felsite, an 1625

Nos excavations avancent bien. Nous avons érigé des établis de fortune en attendant que les salles soient totalement creusées. Lorbam a accepté de gérer les stocks et les commandes de fournitures.

 


 

4 de Malachite, an 1625

Après plusieurs mois de vie difficiles, nous avons inauguré notre salle de dîner commune. Il y a encore des gravats un peu partout, mais cela commence à ressembler à un foyer. Nous allons dédier une salle à la prière ; nous en avons tous besoin. Dumed s’assure toujours pour que Sarvesh ait quelque chose à creuser. Je dois dire que tout se passe comme prévu. Nous allons placer des pièges dans les environs et voir ce que nous attrapons. Le plus urgent est de développer nos cultures. Nous devrions aussi préparer une crypte pour le futur. L’idée peut paraître absurde, mais ce n’est pas quand les morts surviendront qu’il faudra se demander où leur donner le repos.

Une poignée de nains sont arrivés en renforts. Nous chargeons un ou deux d’entre eux de polir les murs de la forteresse. La chapelle est presque prête. Imush est parvenue à trouver des graines aborigènes dans la forêt, qu’elle espère faire pousser en essences comestibles ou fermentables.

Un kobold a essayé de s’infiltrer dans la forteresse. Mon cœur a fait un bond, avant d’entendre que ce n’était pas un gobelin. Mais ils nous repérerons un jour ou l’autre. Ineth et moi ne pouvons pas lésiner sur l’entraînement. 

C’est l’automne et nous profitons des pommiers et poiriers sauvages qui produisent des fruits. Une naine nommée Ablel, normalement presseuse de parchemins, va pêcher et nous ramène du poisson. Nous devons faire des réserves pour l’hiver. Un peu de viande ne serait pas de refus, mais aucun chasseur n’est encore parmi nous. 


 

 11 de Limestone, an 1625

Nous avons enfin la possibilité de nous entraîner devant la forteresse. Je ne sais pas ce qui a pris autant de temps à Dumed pour nous y autoriser, mais nous avons perdu plusieurs mois d’entraînement.

La caravane est passée à proximité, mais nous n’avons rien à échanger. L’émissaire de la capitale, Udib Likotamen, va s’entretenir avec Dumed. 

 


 

10 de Sandstone, an 1625

Une tortue monstrueuse anthropisée, aux yeux brillants, s’est aventurée près de notre forteresse. Nous avons immédiatement sonné l’alerte – il fallait que tous rentrent à l’abri. Ineth et moi sommes également descendus. L’aube était proche, et si l’animal était un métamorphe, il reprendrait alors sa forme normale.

La bête a descendu nos escaliers. Nous étions cloisonnés dans la salle commune. Il manquait Dumed, Ablel et Vakod. Après quelques heures d’attente, nous avons entendu une sorte de grondement surnaturel. Ineth et moi nous sommes précipités pour rattraper l’individu fuyant, mais il a disparu dans les bois avant que nous puissions l’atteindre. C’était un homme-ratelle victime d’une malédiction. J’aurais trouvé cela cocasse s’il n’avait pas tué Ablel et Vakod. Dumed s’était enfermé dans son atelier pour se protéger.

Nous n’aurions pas du laisser le mari d’Ablel, Nil, monter chercher son épouse. Il a escaladé la colline, et a vu son visage estropié de son nez et de son oreille dans un bain sanglant. Bizarrement, il n’a pas eu l’air d’être extrêmement touché par la perte de sa compagne, mais davantage par la mort inattendue de l’un des nôtres. Nous ferons au mieux pour qu’il passe cette dure épreuve.

 

16 de Sandstone, an 1625

En plein milieu d’un repas, notre poissonnière a été percutée d’une vague d’inspiration et a tout laissé tomber pour aller à un atelier. Elle a rassemblé des blocs de pierres et a commencé à se mettre au travail. Nous verrons bien ce qui l’inspire autant lorsqu’elle en aura terminé.

 

1 de Timber, an 1625

Erush a terminé son œuvre. C’est un marteau miniature en granit, exceptionnellement décoré. Je ne m’attendais pas à cela. Nous l’avons chargée de réaliser d’autres pièces d’artisanat, que nous échangerons avec les caravanes futures. Je crois qu’elle ne risque pas de vider des poissons de sitôt.

 

28 d’Obsidien, an 1625

Après la tortue-garou de l’automne dernier, c’est un gila maléfique qui s’est approché de notre forteresse. A nouveau, nous nous sommes réfugiés sous terre. La bête a tué un lama, mais surtout, a massacré notre amie Imush qui cueillait des herbes dehors. Notre groupe originel porte un lourd deuil. Nous devons nous entraîner d’avantage afin de pouvoir réagir à ces attaques. Dumed a proposé d’augmenter le nombre de pièges aux alentours. Nous avons tous acquiescé. 

 


 

11 de Granite, an 1626

Alors qu’Ineth et moi nous entrainons à deux devant la forteresse, la caravane elfe arrive. Ils sont particulièrement amicaux avec nous, et discutent avec Dumed des gobelins. A priori, ceux-ci sont plutôt calmes en ce moment. Mais cela laisse augurer le pire pour les années à venir. Les marchands nous apprennent que notre bastion est connu sous le nom de « Mepui ‘ema », ce qui se traduit grossièrement par « Porte alliée de Cobalt ». Dumed apprécie l’idée, et propose à tous le nom officiel de « Letmosatel », « Alliés de Cobalt ». Notre forteresse aura désormais une appellation plus racoleuse que « Avant-poste Ouest ».

Malheureusement, les elfes n’ont pas beaucoup de marchandises intéressantes. Nil, notre négociant, a eu le malheur de laisser un gobelet en poirier dans une caisse de pièces d’artisanat en granite. Les marchands l’ont mal pris, et sont partis en nous souhaitant bonne chance pour l’année qui s’annonce. J’espère qu’ils ramèneront de meilleurs animaux dans un an.

 


 

3 de Slate, an 1626

 Une nouvelle vague d’arrivants s’est présentée à la forteresse. C’est la plus importante depuis que nous sommes arrivées il y a un an et nous sommes désormais 51 âmes. Nous avons des chambre pour les loger, et notre grande taverne est bientôt prête. Peut-être pourrions-nous former d’autres escouades de combat.

Plusieurs chasseurs se sont installés. Nous allons avoir des apports de viande réguliers.

 


 

28 de Slate, an 1626

Notre nombre augmentant, un maire a été élu : Dumat Lungedël. C’est un nain robuste de 116 années. Il est franc et participe lui-même aux bagarres de la taverne pour régler les conflits. Je pense comprendre pourquoi il a été élu.

 

5 de Felsite, an 1626

La dernière fois que j’ai écrit, c’était pour parler de notre nouveau maire – c’est à lui et son épouse que nous devons la première naissance à Letmosatel. Un petit garçon du nom de Ducim, la mâchoire déjà fournie de poils robustes. Un futur guerrier à n’en pas douter.

 

26 de Felsite, an 1626

Nous avons ouvert notre taverne, « La Langue Esseulée », bien qu’il reste quelques murs à graver. Dumed a sculpté de splendides statues pour décorer la salle. Des visiteurs sont déjà arrivés. Les soirs, tout le monde chante et danse. Cela fait plaisir à voir, même si la plupart du temps, Ineth et moi sommes à l’extérieur. 

 


 

27 de Malachite, an 1626

Nous sommes au cœur de l’été. Je me dois de tenir le journal à jour de temps en temps, même si rien de spécial n’arrive. Tous les nains ont une chambre, la décoration des salles est presque terminée. Plusieurs naissances ont eu lieu, et l’entraînement se passe bien. Nous avons de la nourriture et de l’alcool à flot. Le soir, nous faisons la fête dans la taverne avec les visiteurs de passage. Sazir, une de nos chasseresse, a apprivoisé un émeu. Nous organisons des paris pour voir quel nain parviendra à rester le plus longtemps sur son dos.

Bien qu’il ne soit pas maire, Dumed prend part aux décisions municipales. En tant que commandant, Ineth est le représentant militaire du conseil. Nous allons mieux protéger l’entrée contre l’inévitable arrivée des gobelins. Puis, nous creuserons plus profondément pour trouver du minerai et construire des forges.

 


 

20 de Galena, an 1626

Dumed est sorti à l’entrée de la forteresse pour préparer les plans des murs et du pavement. Le bougre n’était pas sorti à la lumière du jour depuis un an. Au bout de quelques minutes au soleil, il s’en est retourné à l’intérieur, titubant et nauséeux. Voilà pourquoi Ineth et moi nous entraînons sous les éléments naturels.

 

13 de Limestone, an 1626

Nous avons percé le plafond de la mer de magma très tôt dans nos excavations. Le mineur qui l’a découvert avait la barbe cramoisie par la chaleur. Nous allons reboucher le trou au plus vite pour empêcher toute créature de feu de remonter.

23 févr. 2014

Nouvelles de février !


J'espère que vous allez bien, voilà un petit billet d'information sur l'actualité du blog.

Tout d'abord, concernant Doreniklist, le récit avance bien, mais aucune trace de gobelins, et aucun membre de la famille royale à l'horizon, c'est donc un peu plat, je suis en train de décider d'un projet débile à faire pour me tenir sur la distance. Si vous avez des propositions, n'hésitez pas.

Ensuite j'ai essayé quelques jeux dont Craft the World, Wasteland 2 et Gnomoria. Concernant ce dernier, je ne peux pas même vous dire si c'est une pâle copie de DF ou un jeu de gestion révolutionnaire, étant donné que la vue de trois quart m'a TUÉE en moins d'une demi-heure. Jouer à une clone apparent de DF encore moins optimisé et galérer à aligner un escalier sur plusieurs niveaux-z à cause de la vue isométrique, très peu pour moi (je répète, je n'ai du coup apprécié que le début, je ne suis donc pas à même de juger de 90 % du contenu).

Pour faire bref, il n'y aura pas de billet sur d'autres thèmes que DF avant un moment.

Concernant le récit nain que j'avais annoncé, un gros chapitre est déjà terminé, mais je ne pense pas le continuer ; pourquoi donc ? Parce que depuis que j'ai lu les récits de George R. R. Martin (Le trône de Fer, ou Game of Thrones pour l'adaptation télévisée), tout ce que j'écris me paraît beaucoup trop "contrôlé". Si vous connaissez les livres ou au moins la série, vous savez que ce qui fait son succès, c'est le nombre important de scènes explicitement sexuelles rajoutées dans l'adaptation bien sûr le fait que tous les protagonistes peuvent mourir de façon dramatique ou ridicule, et tous peuvent également passer à la postérité de manière héroïque et imprévisible. Et comme vous le savez, chers joueurs barbus, c'est aussi ce qui fait toute la saveur de DF grâce aux miracles du hasard !

Je travaille donc depuis un mois sur un projet top moumoute secret (c'est le terme technique employé par la CIA et le KGB) qui allie (pour le background) DF et la joie de lancer des dés pour déterminer la destinée de personnages de taille réduite et à la pilosité foisonnante. Je ferais donc un billet explicatif sur le quoi du comment et sur la phase de test ô combien importante ; je pense qu'on rira bien, étant donné que je ne contrôlerai pas tout.

A bientôt internet !


19 janv. 2014

Doreniklist, la suite (2) !

Salut tout le monde !

Voilà maintenant la suite des péripéties des Barbes Divines. Vous pouvez lire la première partie sur ce billet. Nous avions laissé la forteresse en proie à une embuscade gobeline, et notre narratrice, la bien-aimée Mante, était pour le moins en très mauvaise position... 

Journal de Tekkud Libashedos, dit "Grison"

Limestone, jour 3, année 254

L'automne arrive. Les feuilles des arbres sont encore vertes, mais les environs de Doreniklist sont constellé de sang séché et de débris d'armures. Depuis mon arrivée il y a un an, l'attaque gobeline du dernier mois a été la plus meurtrière.  Il ne reste plus qu'une dizaine de soldats, dont deux maîtres d'arme. La perte de Stodir Cilobkurik est ressentie par tous dans la forteresse. Malgré son sang-froid, la maire est à bout et accuse les artisans de paresse. Nous n'avons pas vraiment de figure à suivre, d'autant que d'autres membres originels de Doreniklist ont été tués, comme son compagnon d'arme Libash, la chasseuse Mante et son jaguar. L'amant de celle-ci n'a pas non plus survécu, déjà affaibli par ses blessures précédentes.

La priorité a été annoncé par le chef médecin : tout nettoyer, ré-armer les pièges et continuer les efforts pour renforcer la défense et l'économie de la forteresse. Je lui ai proposé d'installer des ruches, car après tout, c'est mon métier. Je ne fais que pêcher et arracher des champignons dans la boue. Le travail ne manque pas, mais ce n'est pas mon rôle. Je n'ai pas une seconde à moi. Mais au moins suis-je en vie...

Granite, jour 14, année 255


Ral Matadil, notre ex-maire, a été appointée baronne de Doreniklist par l'émissaire de la forteresse mère. Les travaux de ses quartiers ont pris du retard, et il faut loger la nouvelle maire élue pendant l'hiver. Toutes les deux sont plutôt calmes pour l'instant, mais tout le monde craint le pire. Les nobles n'ont pas souvent été des héros populaires dans l'histoire naine. Espérons que ce sera différent cette fois ci.

En absence de ruches, je passe beaucoup de temps dans les halls, mais je n'arrive pas à sympathiser avec les autres. Peut-être devrais-je considérer une reconversion...

Felsite, jour 23, année 255


 La caravane elfe est arrivée à la forteresse avec un nombre impressionnant d'animaux. Notre négociateur Zuglar a souhaité échanger un disque en acier contre de l'alcool, mais étant donné la valeur très élevé de notre artisanat, il a acheté toutes les bêtes présentes. Il y a un lion, un ours lippu et un blaireau de tailles géantes, et des oiseaux exotiques. Je pense que je vais devoir m'habituer à voir un félin géant paresser dans nos salles communes.

Les maçons, sous l'ordre de notre maire, commencent l'aménagement de geôles. Ce n'est pas bon pour nous.

Galena, jour 13, année 255


Nous avons reçu une incroyable visite. Alors que la vie dans la forteresse suivait son cours, des nains sont revenus de l'extérieur l'air ahuri. Ils clamaient qu'une divinité approchait de Doreniklist !

Je n'en croyais pas mes yeux. Nous sommes tous montés accueillir la créature. C'était un être mi-humain, mi-tortue, tapissé d'écailles grises et rondes, aux mouvements lents et puissants. Alors que nous étions tous très excités, il nous scrutait de son seul œil avec une infinie patience. Notre maire l'a accueilli. Il a expliqué être le haut-magistrat de Pesor Ube, la confédération des plumes, nos alliés humains. Son nom était Ost. Nous avons tous voulu savoir comment, et pourquoi un dieu vivant était au service de mortels. Il ne nous a pas répondu.

Durant sa visite, nous avons aussi été attaqués par des gobelins. Cantonnés aux niveaux inférieurs comme les autres civils, je n'ai pas vu les combats. Litast Adilinen, notre championne, est montée avec ses troupes à l'entrée. Il y a une victime : un de nos chasseur, qui a vaillamment blessé les assaillants avant de succomber. Un des soldats a le pied ouvert, mais rien de grave. Lors de la dernière vague de migrants, des docteurs très qualifiés sont arrivés. Il vont réparer cela en un rien de temps.

Après les pourparlers, Ost est reparti, aussi lentement qu'il était arrivé. Voilà un évènement dont nous nous souviendrons longtemps !

Après ces péripéties, lorsque le calme est revenu, la baronne Ral est venue me voir. Elle veut que je devienne le shérif de Doreniklist. J'ai longuement hésité, mais elle m'a assuré que cela n'impliquait pas de devenir un soldat, et qu'avec les prisons, je n'aurait personne à battre. Elle a tenté de me flatter en soulignant mon physique avantageux et ma force. Je ne suis pas dupe. A la forteresse-mère, j'ai appris à manipuler les mots et menti à des membres de la famille royale pour arriver à mes fins. Mais j'ai dit oui.

J'ai pris connaissance de mes nouveaux quartiers et des geôles. Mes premiers prisonniers sont des artisans, accusés de ne pas avoir respecté des mandats de construction de fournitures.

Je me suis lié d'amitié avec l'un de mes premiers prisonniers : Zuglar Olinkegeth, la naine qui gère les productions artisanales à Doreniklist. Pour passer le temps dans sa cellule, nous jouions aux cartes sur sa table. La baronne ne vient jamais dans la prison. Je crois qu'elle vise déjà la position de comte pour cette année. Et qui va devoir aménager ses nouveaux quartiers ? Nous. Mais la plupart des nains y voient aussi la reconnaissance du travail accompli, ici, à Doreniklist.

La maire étudie la possibilité de creuser les profondeurs à la recherche de gemmes et des bêtes exotiques.

Timber, jour 18, année 255


La caravane naine est arrivée avec l'hiver. Comme Ral l'avait prévu, la forteresse-mère veut la promouvoir comtesse. Lorsque celle-ci a voulu que mon amie Zuglar, qui est aussi notre négociatrice attitrée, aille marchander à la surface, la prisonnière ne s'est pas privée de lui adresser un sourire narquois, faisant cliqueter les chaînes de fer que la baronne lui avait faites mises. J'ai ri sous ma barbe lorsque la noble est partie, furieuse. Zuglar est bien amaigrie, mais elle devrait sortir dans quelques jours et revoir sa famille.

Nous avons aussi souffert de nouvelles embuscades gobelines. Ces attaques deviennent trop régulières. Un autre chasseur a été tué. Peu de nains veulent occuper ce poste. Ce sont hélas les premiers à voir les peaux-vertes, et ils n'ont souvent pas le temps de s'enfuir. Dans la forteresse, notre joaillère paraplégique, Rakust, a taillé une améthyste parfaite, un véritable joyau. C'est notre plus grand artefact à ce jour.

Obsidian, jour 1, année 255

Nous allons bientôt fêter la nouvelle année. Les forgerons frappent des armes et des armures, et l'on se prépare à creuser dans les cavernes. Alors que je me détendait dans le jardin aux statues, la nouvelle comtesse Ral est venue me voir. Dés que je l'ai aperçu, je savais ce qu'elle allait me demander. En plus des douze soldats maniant la hache, dont la moitié sont maintenant des héros et des maîtres d'arme, elle veut constituer un duo d'épéistes d'élite. Je lui ai dit que je ne savais pas manier l'épée, mais elle m'a ignoré. Elle insiste pour que les nobles de la forteresse ai une garde qualifiée en plus des défenseurs principaux. En plus de me donner le commandement, elle a fait entraîner le lion de la forteresse par les dompteurs et me fait son maître. Il est énorme et féroce. Si jamais je devais combattre, il me sera très utile.

J'ai dû choisir mon partenaire. J'ai jeté sur mon dévolu sur un jeune nain sans qualifications : Eshtan Mebilnazush. Il n'a pas l'air à l'aise avec l'autorité, mais il n'a pas froid aux yeux et est énergique. Je vais lui faire rentabiliser son temps, qu'il passait jusque là à vagabonder et raconter des histoires dans les halles.

Felsite, jour 14, année 256


Je suis fou. Le seul prisonnier présent dans les geôles, un cuisinier nommé Mestthos, est mort déshydraté. Je n'ai pas eu une minute à moi avec les entraînements, et lui apporter à boire est une tâche qui incombe aux civils. Nous n'allons quand même pas creuser des puits à côté de chaque chaîne. C'est une honte.

En dehors de cet accident, la caravane elfe est arrivée. Nous leur achetons leur alcool, et un faucon pèlerin. Ces oreilles-pointues ne sont pas des maîtres de guerre, mais je suis obligé de reconnaître qu'ils peuvent dompter tout et n'importe quoi.

Hematite, jour 25, année 256


Un rugissement foudroyant a résonné dans les cavernes. Une bête des profondeurs arrive des souterrains. Les civils sont restreints à la surface, et nous attendons le monstre de pied ferme dans les baraquements. Il est tombé en un rien de temps, mais a complétement détruit l'épaule de notre seconde maîtresse d'arme, Monom. Espérons que les médecins la soulagent rapidement. Tosid, qui a asséné le coup fatal, a baigné sa hache en acier du sang poisseux du ptérosaure et l'a baptisée Semble-Toile, peut-être en souvenir de la soie tissée de son ennemi. Elle m'avoue que c'était la hache de Catten, celle dont il s'est servi dans ses derniers instants contre les gobelins. Belle façon d'honorer sa mémoire de soldat.

Galena, jour 12, année 256


Une haut-magistrate humaine est arrivée pour une visite diplomatique. Lorsque nous lui avons parlé d'Ost, le dieu venu l'année précédente, elle a prétendu ne rien savoir. C'est très étrange, mais notre maire a continué les pourparlers sans aborder à nouveau le sujet.

L'entraînement est harassant. J'ai la chance d'avoir des quartiers confortables, et cela me remonte le moral. Eshtan et moi progressons au même rythme, et les maîtres d'arme ont la délicatesse de ne pas faire de remarques sur nos combats de débutants. Mes muscles se développent et je suis moins maladroit, mais il va falloir de nombreux mois, ou de nombreuses années pour que je devienne un bon épéiste. La comtesse Ral évolue à l'inverse de ma personne : elle grossit à vue d’œil. Mais la naine d'âge avancée semble se calmer depuis qu'elle a des quartiers "adéquats à son rang". Nous sommes déjà en train de creuser des appartements géants, pour la venue, un jour peut-être, de notre bien-aimée reine Id. Enfin, bien-aimée, c'est ce que chantent les bardes de la maison-mère...

Sur la page du même jour, un autre paragraphe, dont l'écriture est plus fébrile.

Nous sommes assiégés ! Des vagues massives de gobelins arrivent par le haut de la colline. C'est l'alerte générale. Eshtan et moi ne sommes pas envoyés en haut, à cause de notre niveau trop faible. Litast veut attendre que les peaux-vertes soit décimés par les pièges pour les achever ensuite. La tension est à son comble.

 En bas, nous entendons les disques d'acier voler, et des hurlements horribles. Aucune créature n'est passée outre les pièges. Les troupes restantes ont fui devant le massacre mécanique. Mon lion de guerre a poursuivit un kobold qui profitait de la situation pour s'introduire dans les escaliers, mais je crois qu'à la surface, il a pris un mauvais coup de la part d'un gobelin, et sa moelle est touchée. J'espère qu'il se remettra ; un lion paraplégique n'est pas l'arme la plus mortelle sur un champ de bataille. Nous sortons en criant victoire et nettoyons les corps déchiquetés des gobelins.

En fin de journée, Rith a succombé à ses blessures. Même si sa mort me chagrine un peu, je crois que c'est mieux ainsi.

Galena, jour 17, année 256

Il y a eu un accident avec un prisonnier gobelin. Un maître lancier a été jeté dans la fosse aux disques, et aussi incroyable que cela puisse paraître, il semblerait qu'il les ait tous évité. Il est sorti de la fosse et a attaqué le premier nain qui s'est mis sur son passage, qui n'était autre que le conjoint de la comtesse Ral. Il a blessé un soldat, a remonté les escaliers, mais s'est retrouvé à nouveau piégé. Aucune blessure grave, mais Ral est furieuse. Elle vient d'ordonner aux maçons de construire une tour à l’extérieur de la forteresse. Je crois savoir ce qu'elle réserve aux prisonniers gobelins.

Timber, jour 11, année 256


La tour en granite comme à s'élever dans le ciel. Les maçons construisent des plateformes sur ses côtés, prévues pour exhiber les prisonniers et les laisser moisir à l'extérieur. C'est un sort terrible, même pour des gobelins ; mais ces démons ne rechigneraient pas à faire pire pour nous.

Comme nos champions et nos maitres d'armes sont au plus haut niveau de leur art, il leur est permis de se reposer un mois sur deux. je trouve cela juste ; un entraînement quotidien ne leur est plus nécessaire, et ils devraient profiter de leur famille.

Les autres pages du journal sont vierges.


Ce n'est pas très long, mais il s'est passé quelque chose qui n'était pas prévu... suite au prochain épisode !

16 janv. 2014

Nouvelles hivernales

 
Salut l'interweb ! 

J'espère que vous allez bien, et tout d'abord, je tiens à vous souhaiter une bonne année 2014, remplie de réussite, de sagesse et de gobelins morts !

Me voici là après une absence légèrement prolongée (oui je sais, ça fait six mois), causée par un petit détail qui est arrivé dans ma vie et qui tient en trois mots : fac de sciences.

Insouciante que j'étais en août et septembre, je me suis pris une vilaine claque quand j'ai vu les deux ans de contenu scientifique que je n'avais pas étudié au cours de ma formation précédente. C'est donc avec une joie non retenue que je profitais des services de la bibliothèque universitaire en toute heure de la journée au lieu de rentrer chez moi (les gens qui veulent se détendre à leur domicile au lieu d'apprendre les fermentations anaérobies des levures sont vraiment de misérables personnes). Mais comme les sciences sont des matières plutôt exactes, tout le travail a payé et j'ai réussi mes partiels au delà de mes espérances.

Ajoutez à cela que j'ai réessayé plusieurs fois de monter une vidéo de présentation de DF, sans moyen de faire quelque chose de convenable, donc pour l'instant, c'est quelque chose que je laisse de côté. Notre cher Toady n'a toujours pas sorti la mise à jour et le wiki anglophone a changé d'adresse: cela ne m’empêchera pas de continuer le récit épique de Doreniklist (la première partie est lisible ici), avec un peu plus de romanesque en prime. A l'heure où j'écris ces lignes, je ne sais pas encore ce qu'il va se passer, mais j'espère toujours lever une armée digne de ce nom et attirer un roi dans la forteresse.

Il est aussi possible que je reparle de Guild Wars 2, et que je publie des textes de mon cru basés sur le monde de Dwarf Fortress.

Encore désolée pour cette absence sans nouvelles, je ne pensais pas à mal et je suis touchée de voir que vous vous êtes inquiétés pour moi. A vrai dire je n'ai pas pensé à vérifier le blog jusqu'à ce qu'un lecteur bienveillant m'envoie un courriel pour me demander si j'avais été enlevé par un gang d'hommes belettes pirates. Je vais essayer de poster plus souvent, ne serait-ce qu'avec les récits de jeu que j'aime beaucoup écrire, ou des billets sur l'économie et les industries (mais je dois avouer que ceux là prennent vraiment beaucoup de temps à faire).

29 juin 2013

Nouvelles de juin

 
Salut tout le monde !

Un billet pour donner des nouvelles. Ici on vient de terminer les examens et un déménagement, les vacances sont là, je vais donc avoir du temps pour travailler sur des projets.

Tout d'abord je tiens à signaler la création bienvenue d'une chaîne communautaire sur le forum de jeuxvideo.com. Pour l'instant vide, la chaine Youtube devrait bientôt s'actualiser, et j'espère pouvoir aider du mieux que je peux avec les prochains podcasts et pourquoi pas des artworks en pixel !

En parlant des podcasts, le tournage en forteresse continue, j'attends de recevoir un micro neuf cette semaine pour monter la vidéo. La première sera une présentation générale de Dwarf Fortress, que nous savons tous awesome.

Ensuite, avant cela, si j'en ai le temps, je cloue un billet explicatif sur le minage et l'exploration souterraine. Je passe également du temps sur EVE online et j'espère pouvoir le présenter, soit sous forme de billet, soit sous forme de vidéo.

Doreniklist devrait également être continuée, et en ce moment, j'avance une nouvelle à raison d'une à deux pages par jour. Celle-ci se passe dans l'univers nain que nous connaissons bien, et pour l'instant, ça s'annonce friand. Lorsque celui-ci sera assez fourni, j'en commencerais la publication, je ne veux pas de stop brutal comme avec le bac astral (même si celui-ci me bouffait VRAIMENT trop de temps).

En tout cas, je vous remercie de votre patience, de vos messages, et de vos commentaires. J'espère qu'avec cette chaîne, le jeu sera accessible à plus de gens, et que l'on pourra partager plus d'expériences francophones. Je prévois de me mettre au language wikipédien pour compléter le site français. Je vous encourage à contribuer si vous jouez régulièrement, ou que vous pouvez traduire des pages de son homologue anglais.

Longue vie à vous, mes lecteurs !

7 juin 2013

Doreniklist, les premières années

 Salut à tous ! 

J'avais envie de commencer un fort un peu spécial et de vous faire partager une aventure épique. J'ai décidé d'introduire ça sous une forme un peu plus roleplay que d'habitude, j'espère que vous prendrez plaisir à lire le récit. Je précise que comme pour les autres suivis, j'écris tout sur le moment et je ne sais pas ce qui va se passer. 

Mon nom est Deler Poulie-Silencieuse, mais tous m’appellent Mante. Je suis une naine du Couteau Mystérieux. Je fais partie d'une expédition de sept nains chargée de poser les fondations d'une forteresse qui fera la gloire de notre peuple.

Doreniklist, autrement dit, Murmure de Diamant.

Stodir, le nain le plus fort de notre groupe, a décrété que nous serions les "Barbes Divines". Il a insisté sur le fait que par nos actes, ce nom se vérifierait de lui-même, et que tous craindrons et respecterons les membres de Doreniklist. Cela nous a tous fait rire, et nous avons unanimement accepté. J'ai toujours apprécié ce nain, et ce avant notre départ de la ville-mère. Comme moi, il lui semble important que les nains s'entraident et affrontent les difficultés en face.

Nous avons un an pour nous installer et installer les défenses primaires qui nous protégeront des embuscades gobelines. Ensuite, la moitié de la population adulte sera en permanence à l'entraînement militaire. Les groupes changeront tous les ans, et il sera laissé le dernier mois de l'année libre pour fêter le réveillon.

Puisse Doreniklist et ses nains vivre pour l'éternité !

A notre arrivée, nous trouvons refuge au pied d'un surplomb. Des alligators infestent la rivière. Je suis sensée aller chasser, mais je vais attendre qu'ils partent. Les expéditions mises en échec par l'attaque de ces reptiles sont trop nombreuses, et je n'ai pas l'intention de perdre un bras. Stodir, qui endosse pour l'instant le rôle d'ingénieur, a les yeux qui brillent. Il voudrait au plus vite placer des pièges pour les capturer. Je crois qu'il ne se rend pas compte des risques qu'il prendrait en installant les cages sur les berges.
Nous découvrons sous terre des flots de magnétite, de houille (bituminous coal) et de calcaire (limestone). Nos deux mineurs ont également trouvé des améthystes brutes. Ces ressources seront extrêmement utiles à la forge de nos armes et armures. Stodir a trouvé de quoi faire un piège. Il y a un alligator énorme qui rôde à côté du camp.
Stodir a essayé de poser ses mécanismes sur la berge. L'alligator qui se trouvait dans la mare proche a surgit de l'eau et l'a poursuivit. Notre ingénieur a couru du plus vite qu'il a put, mais la bête s'en est prise à notre étalon et l'a saignée à mort. J'ai rarement vu des créatures plus agressives et dangereuses que les alligators. Stodir en a profité pour achever sont piège, mais moi, j'espère juste que le reptile ne sera pas tenté de se hasarder vers le camp.

Plus tard, tous les alligators partent. Je décide de m'équiper et de partir chasser.

Premier été
Malgré des couloirs un peu gluants, la forteresse commence à ressembler à quelque chose, et les premiers migrants sont arrivés chez nous. L'un d'eux est un forgeron. Nous allons en profiter pour fabriquer au plus vite de l'équipement. Nous avons tout pour fondre de l'acier !

Premier hiver
L'hiver arrive, et le temps de s'entraîner approche également. Nous avons creusé un jardin souterrain, ainsi qu'un terrain d'entraînement exposé à la lumière. Un hôpital est en cours d'aménagement. Nous devons être extrêmement prudents lors de la mise en eau de la citerne qui servira à approvisionner la forteresse en cas de pénurie d'alcool. La fonte de l'acier prend du temps, mais nous sommes en train de placer des pièges mortels à l'entrée de la forteresse, armés de disques de fer tranchants.

Je chasse toujours, et j'ai apprivoisé une renarde. Aucun de mes confrères nains ne semblent intéressé, mais je suis sûre qu'elle trouvera un maître. Je passe tout mon temps libre avec Catten, un des deux mineurs qui étaient parmi nous au départ. Ce n'est pas vraiment le guerrier héroïque de mes rêves, mais il est si charmant et si joyeux ...

Le dernier mois avant le printemps, huit nains sont appelés à prendre les armes pour une année. Stodir, qui a de l'expérience dans le maniement des haches, prend le commandement de la garde de Doreniklist. Des armes réelles et des armures seront forgées au plus vite. Le commandant réparti les huit nains en groupes de deux pour accélérer l'entraînement.

Second printemps
Une seconde vague de migrants est arrivée : nous sommes désormais 43 nains à vivre entre ces murs. Tout se passe bien. La citerne est fonctionnelle, l'entrée est correctement piégée, et nous avons des mets délicieux et trois sortes d'alcools. Le système d'entraînement fonctionne bien, mais Stodir ne veut pas entendre parler de plus de dix escouades. "Trop de groupes donne une armée difficile à contrôler. Nous ferons des escouades de plus de deux s'il le faut."

Les elfes sont venus faire du commerce. Nous avons échangé un disque de fer et quelques bibelots contre du bois, de l'alcool, un jaguar et une loutre. C'est un très bon échange pour nous.

Il n'y a aucun gobelin en vue, et cela m'inquiète un peu. Qu'importe, nous serons préparé lorsqu'ils se montreront.

Second été
Un âne-garou nous a attaqué au milieu de la saison. Il a eu le temps de tuer une chèvre, puis s'est transformé avant d'atteindre mes camarades. Il s'est avéré que lui aussi était un nain, pâle de peau et aux cheveux blancs. Il s'est retrouvé nu au milieu de la forêt, courant pour sa vie.
Les gobelins. Une de ces charogne verte s'est enfuie avec un enfant, et nous n'avons rien vu. Des pièges supplémentaires pour capturer les intrus vont être mis à l'entrée.

Second automne
Aucun signe de kidnappeur gobelin, mais c'est une embuscade entière qui est repérée à la surface. L'alerte est donnée. La caravane naine est à l'extérieur. Il n'est pas question de sacrifier inutilement des vies. Les escouades ne régiront que si les gobelins traversent les pièges. Alors à l'extérieur, je tuais un envahisseur isolé, puis me réfugiait à l'intérieur.

Une fois les gobelins tués par la caravane ou enfermés dans des cages, nous sortons. Le raid aura fait une victime : Kivish, notre armurier. Un graveur nommé Bomrek est porté disparu, et un des gardes de la maison mère est mort de ses blessures.

Quelques jours plus tard, le corps de Bomrek est retrouvé dans les fourrés, sur la colline, des carreaux d'arbalète plantés dans le torse. Nous avons poursuivi nos tractations avec les marchands, et offert des objets forgés pour attirer l'attention des dirigeants de la forteresse-mère.

Second hiver
Cette fois, c'est un varan-garou qui se présente dans les parages. Et tout comme l'autre maudit, il s'est transformé avant d'attaquer quoi que ce soit. C'est une naine aux cheveux blancs qui s'est enfuie sur la colline en évitant mes tirs d'arbalète.

Peu de temps après, les nains armés déposent leurs haches et vont se reposer après une année de dur entraînement. Je n'ai pu passer que peu de temps avec Catten. Il a maigri. La plupart de ceux qui s'exerçaient sont dans le même cas. Ils sont plus forts, plus endurants, et certains ont fait de très bons progrès dans le maniement des haches. Dans quelques semaines, ce sera à mon tour de porter le bouclier pour un an.

Alors que le temps se radoucit, la relève annuelle a lieu. Je suis dans une escouade de trois. Stodir a insisté pour rester commandant et assurer la cohésion. Je pense qu'il deviendra un grand guerrier en quelques années.
Nouvelle embuscade gobeline, et cette fois, aucune caravane pour nous protéger. Nous allons voir si les disques sont au goût de nos meilleurs ennemis.
Le leader s'est fait découper en morceaux, et le reste a fui en paniquant. Nous allons attendre un peu au cas où il y aurait une autre escouade, puis l'alerte sera levée.
Tous les nains savent qu'avec les gobelins, sortir de son abri trop tôt est une erreur fatale. Ce qui devait arriver arriva. Les autre pièges à disques se déclenchèrent. Un tué sur le coup, et trois mutilés qui partent en rampant.

Troisième printemps
Une vague de nouveaux venus porte notre population totale à 98 nains. J'ai bon espoir que la forteresse-mère aura pris en compte nos demandes et ne nous enverra pas d'autres nains. Les escouades s'agrandissent, et des armures en acier sont forgées.

L'entraînement est pénible, et sans s'exercer avec nos haches en bois, nous n'apprenons que très peu. A cause de confusions dans la répartition des escouades, Stodir décide de faire une liste fixe de tous les nains et de remettre au clair les permanences. Catten est de nouveau appelé pour cette année, et nous sommes tous les deux dans la première escouade, avec le commandant.
Peu de temps après, la caravane elfe est arrivée, et s'est immédiatement faite piéger par une embuscade de gobelins. L'alerte est donnée.
Alors que les elfes sont massacrés, et qu'un gobelin chanceux est achevé par mes camarades dans les escaliers supérieurs, nous remarquons avec stupeur qu'un des leaders gobelin n'est autre qu'une naine ! Certainement une enfant kidnappée et entraînée par les peaux-vertes. Elle parvient à pénétrer dans nos défenses, mais avec un bref combat, un de nos capitaine lui a ouvert le crâne avec une hache. Et on nous demande ensuite pour les nains accordent autant d'importance à un bon acier ...

Deux nains sont morts, et deux autres ont des os brisés et vont être pris en charge par notre médecin. Mon cher Catten a le pied ouvert, mais ce n'est pas bien grave. Nous récupérons les armures des gobelins morts, et commençons à réfléchir au sort de ceux que nous avons capturé, qui sont au nombre de huit. Diverses propositions émanent lors des sessions d'entraînement. Une mise à mort sommaire, des duels, une chambre de noyade, une chute dans une fosse, des combats avec des bêtes sauvages. Les idées ne manquent pas, mais il revient à notre commandant de décider.

Après avoir un peu attendu, ceux qui ne sont pas dans l'armée sortent sous une pluie battante. Les corps des elfes gisent, entourés de ceux de leurs montures et de tout leur chargement. Mes camarades récupèrent tout silencieusement. Des tonneaux, de l'alcool, des plantes, des bibelots, deux femelles géantes kiwi, une vipère géante ainsi que d'autre animaux inintéressants que nous donnerons à la prochaine caravane naine.

Troisième été

Une vague d'une dizaine de migrants est arrivée. La forge de barres d'acier et d'équipement continue sans problèmes. Stodir a décidé que les gobelins capturés seraient lancés dans une salle piégée pour être découpés par des disques ; voilà qui devrait faire réfléchir les prochains assaillants.

Une maire a été élue, une tisseuse nommée Bëmbul. Des quartiers spacieux vont lui être attribués, afin qu'elle mène sa fonction du mieux possible.

Stodir souhaite faire des tests sur l'organisation des séances d'entraînement. "Ces outres à bière n'écoutent pas les instructeurs. Il faut retourner aux bons vieux exercices pratiques, alors on va essayer de ne faire travailler que deux gars à la fois dans chaque escouade."
Une caravane humaine arrive sur notre dépôt de marchandises. Le diplomate met quelques coups de pied dans les ossements des gobelins qui traînent là, puis rejoint notre maire, en scrutant avidement les couloirs de la forteresse. Nous préférons offrir nos biens à la caravane naine, mais nous achetons tout de même leur alcool.

Troisième automne
Stodir, qui dispose d'un peu de temps libre lorsque nous nous entraînons, démarre une fête dans son étincelante armure d'acier. Dans le même temps, il ne semble pas que la réduction du nombre de nains requis pour s'entraîner ai eu l'effet escompté. Après avoir quelque peu dégrisé de sa nuit de folie, le commandant émet des doutes. "Cela ne sert à rien d'avoir la moitié de la forteresse enrôlée si les gars ne savent pas comment tenir une hache". Il s'est retiré seul dans ses quartiers pour méditer.
Nous avons essayé le carré de pièges. C'est extrêmement efficace, et les gobelins sont découpés en quelques secondes. Une mort plutôt propre et rapide, contrairement à ce que nous infligent ces créatures crasseuses.
En fin d'automne, un pêcheur affolé rentre dans le meeting hall. Les gobelins tentent de nous assiéger, et ils ont un jabberer ; ces immondes géants et leur bec tranchant. Nous avons tout intérêt à le blesser avec les pièges, sinon, nous aurons de gros problèmes.

Des hurlements résonnent soudain dans la forteresse : "TOUS AUX ABRIS, ILS ONT DES ARBALÈTES !".

Alors dans le couloir principal, je remonte en courant observer les jardins, et ma vision se brouille. La partie destinée aux entrainement n'avait pas encore été recouverte, et les arbalétriers gobelins se donnaient à cœur joie de tirer nos recrues comme des lapins. Quelques uns purent courir se mettre à l'abri, mais certains gisaient blessés ou inanimés sur le sol. La voix puissante du commandant résonna dans les halls. "EN FORMATION !"

Nous attrapons tout notre équipement et courons vers les escaliers. Je sens l'adrénaline monter en moi et mon cœur battre à tout rompre. Les choses allaient mal se passer, nous étions dispersés et peu entraînés. Les autres montent les marches quatre à quatre vers la surface, et j'entends les hurlements stridents des gobelins. Et également les cris de mes camarades qui se battent.

Je monte à mon tour. Des gobelins sont emprisonnés dans des cages, ainsi que le terrible jabberer, qui rugit de rage et ébranle son carcan métallique. Je vois aussi Stodir, qui brandit sa hache ensanglantée et deux têtes de gobelins, et les autres autour, qui crient victoire.
Mon sang se fige soudain. Je ne vois pas Catten. Je repense aux jardins, et mon cœur ne fit qu'un bond. Il était aux terrains d'entraînement. A nouveau, je reprenais les escaliers. Aux terrains, je cherchait parmi les nains à terre. Je le vois enfin, gémissant et ensanglantée. J'ai alors le réflexe idiot de le secouer, ce qui lui arrache un cri de douleur. Il a un carreau d'arbalète dans le ventre, et les membres brisés, mais aucun hémorragie importante. Mon rythme cardiaque redescend un peu. Je lève les yeux : plus de quatre personnes sont mortes sur le terrain. La pluie tombe doucement sur eux.

En redescendant, Stodir a constaté les dégâts, et a ordonné que tous se consacrent aux soins des blessés, à l'enterrement des morts et au rangement de la forteresse. La maire est sortie de ses quartiers et hurle sur ceux qui passent à sa portée. Je me demande parfois qui dirige Doreniklist.

Troisième hiver
Nous avons enterré nos frères et sœurs tombés au combat, et cédé beaucoup de nos objets inutiles à la caravane. Malheureusement, ils n'ont pas pu emporter l'énorme jabberer. Nous ne savons pas encore comme nous allons nous en débarrasser sans prendre de risques.

Catten est bien soigné, mais les blessures se referment lentement et il doit rester allongé. Stodir nous a convoqué en comité pour mettre les choses au point. Il nous a clairement expliquer que nous devions refermer ce trou en haut des terrains d'entraînement, et placer davantage de pièges à l'entrée. Il nous a aussi fait remarquer que tout le monde n'avait pas une chambre individuelle. Le commandant souhaite reprendre l'entraînement en escouades réduites mais bien équipées.

Fin de l'hiver. Nous avons à peine le temps de nous remettre du dernier assaut, que l'on nous signale un autre siège, plus important. Stodir fait se réfugier tout le monde dans les niveaux inférieurs, et presse une vingtaine des meilleurs nains à s'équiper. Je suis tendue. Catten est toujours en repos à l’hôpital, avec d'autres soldats.

Le commandant passe dans les couloirs avec la vingtaine de ses recrues. Il a un regard un peu blême. En me voyant, il s'arrête une seconde. "Surtout restez en bas. Si les gobelins percent la ligne, attrapez tout ce que vous pouvez et brisez les." Il marque un arrêt, regarde ses camarades armés qui l'attendent. "Nous devons y croire Mante. Si nous n'y croyons pas, tout est perdu ici." Je ne dit rien, et le laissait partir.
Nous attendons tous. En haut, nous avons entendu pendant quelques minutes le commandant qui galvanisait ses hommes. Puis, plus rien.

Soudain, une série de ricochets métalliques, de chair et de hurlements inhumains retentissent. Les gobelins et leurs monture ont atteint les pièges, et visiblement, cela a fait des dégâts. Enfin, les cris des nains qui chargent. Une brève bataille se fait entendre, accompagnée de croassements sourds. Puis, plus rien.

Je suis à la salle commune, et la vipère géante glisse silencieusement sur mes pieds. La voix étouffée du commandant résonne, puis le cliquetis des armures qui montent les escaliers. Puis, des cris de joie et de victoire. Tous, en bas, nous soufflons. Je monte pour constater les dégâts : dans la cage d'escalier, les cadavres de crapauds géants et de gobelins armés de masses. A l'entrée de la forteresse, c'est un charnier de jabberer, d'elks et de peaux-vertes transpercés de disques. Un nain est mort, et un autre est blessé. Des pertes bien moindres comparé à ce à quoi nous nous attendions. Les soldats partent patrouiller à la surface pour bien vérifier qu'il ne reste plus de gobelins.

Lorsqu'ils reviennent, ils portent le corps d'Astesh Regäs. Il n'y a plus de gobelins, c'est terminé. Stodir ordonne la mise en place de plus de pièges encore, et décide de continuer l'entraînement par deux.

Quatrième printemps


Catten est sorti de l’hôpital. Il se porte bien, et Stodir souhaite qu'il soit son partenaire au combat. Cela ne me plait pas de le voir devenir un membre permanent de notre armée, mais c'est à lui de choisir ce qu'il souhaite faire. La vie reprend son cours, mais nous nous pressons tous de monter les pièges et de couvrir les terrains d'entraînement. Et hélas, de faire plus de cercueils en prévision des prochains sièges.

Plusieurs de mes amis m'ont fait remarquer que le jaguar de la forteresse, qui n'a toujours pas trouvé de maître, pouvait peut-être être dressé pour se battre ou chasser. Je pense que je vais me pencher sur elle.
Alors que l'air se réchauffe en cette fin de printemps et que je chasse à l'extérieur avec mon jaguar, j'aperçois la caravane elfe, qui arrive tranquillement sur le dépôt. Et puis, au loin, je vois avec effroi une masse de gobelins arriver. Une de ces créatures a les cheveux violets comme l'améthyste, et des oreilles fines et extrêmement longues. Sur sa tête, une couronne en os de nain, et masquant sont visage, une tête de chauve-souris en fer. Un général.

Je courais prévenir Stodir. Celui-ci paraissait plus confiant qu'au dernier siège. L'entrée a été renforcée d'une dizaine de pièges, et notre meilleur guerrier, Asmel Hanches-Simples, était devenu un maître dans le maniement des haches. Nos vingt guerriers étaient armés et équipés de la tête au pied.

Je le secouais par les épaules. "Ils sont une centaine, et nous sommes vingt, Stodir !", "Et ils sont dirigés par un général." Il me jeta un regard comme je n'en avait jamais vu, et esquissa un sourire. "Nous allons les renvoyer d'où ils viennent, et leurs chefs se mordront les doigts de rage quand ils apprendront que la moitié de leur population est morte par la main ..."

Il se tourne vers ses compagnons d'armes et brandit sa hache en l'air.

"... DES BARBES DIVINES DE DORENIKLIST !!"

Alors que les nains s'époumonent pour suivre le glorieux cri de leur commandant, nous entendons des cris atroces venant de la surface. "Enfin ça, c'est si ces abrutis passent les pièges. Descends dans les halls principaux, Mante. ESCOUADES, EN POSITION !"

J'obéissais. Une fois encore, nous entendons les glapissement des gobelins, mais aucun combat.

Quelques dizaines de minutes plus tard, nous entendons le cri d'un soldat. "LA VOIE EST LIBRE !". Nous jetons tous nos chopes en l'air et crions victoire. A nouveau, nous montons et découvrons notre entrée constellée de membres, de tripes et de sang. Plus d'une trentaine de gobelins gisaient, plus ou moins entiers, accompagnés de leurs montures. Pas de traces du général. Nos champs de fraise étaient encore plus écarlates qu'à l'habitude. "Je comprends pourquoi elles poussent si bien." remarquait Catten en souriant.
Nous sommes tranquilles pour l'instant. Moi, je me demande avec anxiété ce que les gobelins vont nous envoyer pour le prochain siège.

Quatrième été
Tout se passe bien, et aucun gobelin n'est en vue. Nous nous occupons de faire des chambres confortables pour tous. Une nouvelle maire a été élue, Ral Tord-Mur. Je chasse le loup dans la forêt. Stodir a permit a une naine de quitter les escouades à cause de sa paraplégie. La moelle épinière a été touchée.
Un minotaure s'aventure dans la forêt. Cette bête immense repère immédiatement l'entrée de la forteresse. Même si il est énorme, je ne pense pas qu'il survive aux pièges. Et en effet, arrivé à l'entrée, tous ses membres sont amputés, et il meurt en quelques secondes.

Après une dizaine de naissances l'année dernière, les enfants ont bien grandi, et il n'y a plus de nouvelles grossesses. La plupart des naines mariées boivent un thé spécial qu'elles aromatisent de fraises sauvages. Je suis contente qu'elles écoutent nos recommandations concernant les problèmes de surpopulation.
Mois de galena. Alors que je chasse sur la colline surplombant l'entrée, un cri strident me surprend. A une quinzaine de mètres, une escouade gobeline. J'étais tellement concentrée sur ma chasse que je ne les avais pas vu arriver. Mes muscles tétanisent, mon esprit se brouille. Medtob, mon jaguar, rugit dans leur direction. Je saisis mon arbalète et tire vers le leader, une gobeline aux mèches écarlates. Un carreau atteint son bras, l'autre sa poitrine. Je la vois suffoquer, mais elle poursuit sa charge en maniant son fléau avec une extrême dextérité. Medtob essaie de tenir les autres à distance.

L'assaillante fait tournoyer son arme qui cliquette et siffle. Je tire un autre carreau qui lui brise la main.

Celle qui tient le bouclier. Avec un cri de rage, elle lance son fléau en direction de ma tête.